Je suis Joël Arsène Noumonvi, et le Scrabble a conquis mon cœur ! (Partie 1)

Au monde, nous avons tous nos penchants, ce petit quelque chose qui nous accroche et pour lequel nous ne nous lassons jamais d’avoir d’yeux. Certains jettent leur dévolu sur le foot, d’autres sur les jeux-vidéos, et d’autres encore sur des disciplines culturelles comme le théâtre et la musique. Mais moi je préfère une discipline sportive bien assez particulière, pour ce qu’elle a de si magnifique en faisant intervenir à la fois l’intelligence, la concentration, les mathématiques et les belles-lettres. Le Scrabble, c’est tout moi. C’est ce que j’aime. C’est la raison de ma soif de connaître des mots nouveaux. Et des stratégies nouvelles pour aller de victoire en victoire. Je ne me vois pas sans ce jeu, ce sport cérébral. Et je reste persuadé au vu de ce qui nous lie lui et moi, au vu de nos amours vieilles de 20 ans aujourd’hui, je reste convaincu que le scrabble c’est ma vie !

Le Scrabble tel que je le conçois

D’aussi loin que je me souvienne, les sciences mathématiques ont toujours fait partie de ma vie. Pour preuve, je suis titulaire d’un baccalauréat série C, autant dire rien à voir avec les lettres. Que vous ayez pour ambition de faire des études de sociologie, de psychologie, de physique où les mathématiques sont un outil privilégié, vous serez confronté à l’analyse d’intégrales, de nombres complexes, de fractions ou encore de cosinus qui font appel à votre sens de logique et de stratégie. Et le Scrabble ne fait pas exception à cette règle.

Jouer au Scrabble c’est gratter, faire des pieds et des mains, c’est avoir la tête sens dessus dessous pour trouver la bonne combinaison de mots. Toute chose qui illustre bien un joueur manipulant fébrilement ses lettres sur son chevalet et devant trouver le bon mot avant que le délai à lui imparti ne s’estompe.  Et me voir en train de gérer tout ce stress, développer toutes ces stratégies, m’a fait donner la primauté à cette passion au-dépens de celle du cuir rond. A la base, j’étais un grand fan du football. Et je me faisais très admiratif des grands joueurs. Mais, je n’arrivais pas à exprimer cette passion, car plus jeunes quand on jouait, le ballon allait dans la maison des voisins et c’était des histoires à n’en point finir. Les espaces de jeux étaient manquants et jouer allègrement semblait la mer à boire. Dès lors, le Scrabble apparaissait comme mon meilleur exutoire pour évacuer ma peine de ne pouvoir jouer au football. Et depuis, ce jeu me possède et je me plais et me complais à l’explorer dans chacune de ses facettes.

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Championnat du monde Élite Classique – Martigny (2017)

Histoire, Raconte ! Commençons par le commencement !

Mon premier contact avec le jeu de Scrabble, dans une formule appelée aujourd’hui  »classique », a eu lieu dans mon quartier résidentiel Houéhoun dans le huitième arrondissement de Cotonou au Bénin. Dans cette rue bien animée et éclairée tantôt par le lampadaire ou la lampe devant notre maison, avec mes cousins, oncles et amis nous passions nos soirées en parties acharnées de Scrabble. J’étais très tenté à l’idée de me mettre vite fait à ce jeu qui en tout point attisait ma curiosité. Mais je buttais au début contre le refus de mes aînés qui me trouvaient trop jeune pour ce faire ! Même quand il manquait un joueur, on me ramenait toujours la même rengaine sur mon bas niveau😬. Alors, je me contentais d’observer, de voir le déroulement du jeu. Peu de temps après, on me confia les bilans à tenir pour ceux qui prenaient part aux parties. Je devais juste noter et faire la somme de leurs différents points gagnés. C’est de cette manière anodine en apparence que je pus vraiment apprendre beaucoup sur le Scrabble, comme par exemple qu’il permettait de découvrir de nouveaux mots, de soigner son orthographe et qu’il oblige à se faire ami du dictionnaire. Dans le temps, on se plaisait à faire des mises à l’entame des parties. On mettait en jeu nos maigres ressources. Et pour ne pas perdre la face, pour ne pas jeter son argent par la fenêtre il fallait vraiment s’outiller et mettre toutes les chances de son côté pour vaincre. L’Officiel du jeu Scrabble, qui répertorie aujourd’hui tous les mots admis au Scrabble n’existant pas à l’époque, les dictionnaires des éditions le Robert et Larousse voire les encyclopédies étaient les meilleurs alliés.

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Et jouer de cette manière faisait qu’on se défiait les uns, les autres comme si nous eûmes été des adversaires du Roi Arthur n’aspirant qu’à lui arracher le Saint Graal ! C’est dans cette ambiance compétitive que je me suis formé, que j’ai développé d’excellentes aptitudes et fait mien l’amour fou des défis au Scrabble ! Toutefois, de 1999 à 2002 où le jeu était notre chose du monde la mieux partagée, beaucoup ont par la suite déserté le quartier. Certains ont perdu goût au jeu et d’autres sont carrément pris par autres activités. Pourtant, nous étions tous heureux à jouer jusqu’à tard dans la nuit, on veillait même, pour faire nos parties dans le calme et l’harmonie de la nuit où seuls les lettres comptent. Je me rappelle même encore aujourd’hui que certaines fois quand on jouait on prenait un malin plaisir à suivre une vieille émission radiophonique de Golfe FM « Guili-guili show ». Pour la petite histoire, j’avais gardé comme tout souvenir de nos ébats scrabblesques une grille et les matériels de jeu. Mais mes moments de solitudes furent écourtés lorsqu’en 2005 je fis la découverte d’un club de Scrabble à Gbèdagba, un autre quartier du huitième arrondissement de Cotonou.

Le début d’une aventure qui dessine le chemin des suspenses et des grandes victoires

« Le club de Scrabble de Gbèdagba », ainsi s’appelait cette association de jeunes réunis dans le seul dessein de vivre et d’extérioriser leur art de maître d’un riche vocabulaire. J’étais si fasciné par le jeu qu’à la veille de mon examen au baccalauréat, deuxième tentative qui plus est, je me surprenais à trimbaler la grille de Scrabble avec moi. A croire que plus rien n’avait d’importance à mes yeux si ce n’est le Scrabble et lui seul. C’était plus fort que moi, et ce n’était pas éphémère. Car même jusqu’à aujourd’hui, 20 ans plus tard, comme vous le verrez dans l’enchaînement de ce récit « scrabblesquement » autobiographique, ce vieil amour continue de faire battre ma poitrine et me fait vivre des expériences vraiment exceptionnelles. Je conserve toujours ces vieux matériels de jeu sur moi et ce club qui fut un de mes propulseurs au niveau où j’en suis maintenant est devenu le club de Scrabble les  »Intrépides ». J’y ai fait mon chemin jusqu’en 2013 voire 2014. Et même s’il ne fonctionne plus comme jadis, même s’il compte plus de membres virtuels que physiques, il reste le club qui m’aura fait découvrir la voie des compétitions de Scrabble.

Joël NOUMONVI Ch. du Monde Open Classique
Très concentré ici 😜

Je suis le lion qui rugissait à la perte de sa proie ! 😠

Mes débuts au Scrabble de compétition n’étaient pas très glorieux. J’étais souvent loin d’être rangé dans la catégorie des favoris, j’étais le visage que personne ne connaissait encore et le nom que nul ne cherchait à retenir. Mais ce n’était pas comme si cela suffirait pour refroidir mes ardeurs. Toutefois, j’avais en horreur l’idée de perdre. Je ne supportais pas le fait de subir une défaite. J’étais si mécontent des parties où je perdais que je me surprenais à rougir, à vociférer comme un lion blessé. L’échec au Scrabble avait tout pour me mettre on ne peut plus à mal. Certains joueurs autour de moi ne lésinaient pas d’ailleurs à dire en « fongbé » que « je rougissais trop » ! Egalement, il y avait des têtes qui m’inspiraient une véritable crainte. A l’époque, les maîtres de l’arène comme Pierre Sènahoun m’inspiraient un tel respect que je les prenais pour modèle. C’est d’ailleurs ce dernier qui, informé de ma volonté de participer à la prochaine compétition nationale de Scrabble dans le temps, me suggéra de me garder d’y participer et qu’un entêtement ne serait que l’issue de la perte de mon argent. Il me recommanda alors de chercher à être du comité d’organisation, notamment être ramasseur pour me faire un peu de gain. Il le disait aussi bien pour mon niveau que pour la présence des cadors du jeu en les personnes de Charles Hounménou (un grand champion que je n’ai pas connu au jeu), François-Xavier AdjoviJulien Affaton, Hervé Boni et bien d’autres !

N’étant alors plus parti à cette compétition pour jouer, je me faisais bon observateur du jeu. C’est à cette occasion que j’ai su qu’il était possible de conjuguer les verbes au Scrabble et de faire usage des interjections. C’est bien le lieu de préciser que le Scrabble auquel je jouais jusque-là, de 1999 à 2005 avant que je n’intègre l’actuel club des Intrépides, était celui dit  »musclé » où tu ne jouais que les noms communs, les verbes à l’infinitif ou les participes passés. Egalement, on se servait des adverbes tout aussi bien des locutions que des pronoms. Mais les verbes conjugués et les interjections étaient proscrits des catégories de mots à utiliser au Scrabble. C’est ce qui a vraiment joué en ma défaveur, étant donné que les autres confrères avaient plus de faciliter à conjuguer les verbes dans les parties et à s’en servir contre moi. Cela me stressait si bien que je me retrouvais à mettre T comme terminaison à des verbes que je conjuguais à la forme singulière du futur simple🤦🏻‍♂️. Ce ne fût pas facile pour moi face aux nombreuses lacunes qu’il m’était désormais obligé de combler. Et le temps finit par jouer en ma faveur. Mais, c’est ce temps qui a fait que pour les premières saisons durant lesquelles je jouais, j’y allais plus pour observer que pour jouer. De 2006 à 2007 voire plus par exemple, je ne me donnais pas déjà pour défi de vaincre qui que ce soit mais d’apprendre davantage pour devenir meilleur. Généralement aussi dans le temps, il n’y avait pas d’épreuves majeures à part les championnats nationaux de Scrabble dont on ne manquait le rendez-vous année après année.

Il y avait aussi la Fédération Internationale de Scrabble Francophone qui organisait à travers les fédérations nationales, les simultanés panafricains et mondiaux, en vue de déterminer notamment les joueurs africains qui méritent de représenter leur pays aux Championnats du monde de Scrabble.

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Championnat d’Afrique Élite Duplicate – Abidjan (2017)

Quand l’heure du déclic sonna !

La passion a commencé par prendre davantage corps lorsque j’ai appris que le jeune Prince Kerinsky Zinsou avait été sélectionné pour représenter le Bénin aux 34es Championnats du Monde de Scrabble et mieux qu’il avait une place sur le podium dans la catégorie des cadets. Ça sonnait comme un coup de tonnerre dans ma tête, un signal fort émetteur de motivation qui venait me réveiller de mon sommeil d’observation pour aller aussi à la conquête du monde des champions de Scrabble. S’il l’a fait, alors je suis à même de le faire aussi. Je me suis alors mis au travail, j’ai commencé à m’entraîner avec Emile Agbanglassi, Adonis Agbégnigan pour faire mieux et m’intégrer dans ce cercle des leaders…

La suite dans le prochain épisode ! 😉

Joël Arsène Noumonvi

4 commentaires sur “Je suis Joël Arsène Noumonvi, et le Scrabble a conquis mon cœur ! (Partie 1)

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  1. Beau récit qui plonge tout scrabbleur dans les méandres de l’histoire du scrabble au Bénin… Beaucoup de scrabbleurs s’y retrouveraient facilement même si, à dire vrai, les histoires ne sont pas les mêmes. On sent bien ton amour, ta passion pour ce célèbre jeu de lettres.
    Vivement la suite….

    Aimé par 2 personnes

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